La résidence de Nicolas Bacri
Nicolas Bacri, compositeur en résidence au
Nicolas Bacri a accepté, pour trois saisons, d’être en résidence au Festival des forêts. La présence à nos côtés d’un des compositeurs français les plus en vue, dont la carrière internationale parcourt les lieux les plus prestigieux, est un honneur, une forme de reconnaissance du travail artistique accompli depuis 17 ans.
Que signifie cette résidence ? Elle va donner l’occasion, au fil des concerts, d’entendre nombre de ses œuvres. C’est ainsi une sorte de rétrospective, de bilan d’un compositeur de 48 ans qui a plus de cent numéros d’opus à son actif, qui est offerte à notre public.
Ce bilan sera aussi prospectif, puisque le festival s’associera à des créations : sont d’ores et déjà prévues celle du Concerto stretto pour violon et orchestre à cordes en 2010, commande conjointe du
festival et de l’orchestre de l’Opéra de Massy, et celle du Concerto luminoso « l’Eté »
Pendant ces trois saisons, Nicolas Bacri sera le conseiller artistique du festival : le programme de l’édition 2010 porte fortement son empreinte, même s’il reste fidèle, dans son esprit général, dans sa structure et dans le choix des artistes, à ce qui a fait le succès du festival. Le public profitera de la proximité de Nicolas Bacri avec de grands artistes, de sa connaissance encyclopédique du répertoire classique et contemporain, et de sa science de la programmation – il fut notamment responsable de la musique de chambre à Radio-France.
Ces trois années permettront aussi de développer des cycles, qu’il s’agisse de programmer toutes les suites pour violoncelle seul de Nicolas Bacri, ou de donner chaque année une œuvre d’Ernest Chausson.
Enfin, cette résidence permettra au public de rencontrer le compositeur : des ateliers et des conférences, où il présentera ses œuvres et celles du répertoire, précèderont plusieurs concerts. La résidence sera ainsi preuve évidente, devant les yeux du public, que le grand arbre de la musique dite classique continue de s’enrichir de nouveaux rameaux grâce à une création vivante. Et la découverte des œuvres sera aussi pour lui celle d’un être de chair et de sang : le compositeur, avec ses enthousiasmes et aussi ses doutes.
Les Saisons
Ces trois saisons avec Nicolas Bacri ont donné l’idée de choisir, pour toute la durée de sa résidence, le thème… des saisons comme fil conducteur de la programmation.
Les transformations qu’au fil de l’année l’inclinaison de la terre fait connaître à la nature inspirent depuis des siècles les compositeurs. Les Quatre Saisons de Vivaldi viennent à l’esprit de chacun, mais il y a eu aussi Bodin de Boismortier, Haydn, Tchaïkowsky, Piazzola et bien d’autres. Une foule d’œuvres rattachée à un moment de l’année précis, et évoquant son climat naturel et émotionnel, pourront ainsi être proposées, illustrant une nouvelle fois la richesse de cette relation entre la musique et la nature que le festival s’est donné pour mission d’explorer.
Les Saisons, c’est aussi un projet que poursuit Nicolas Bacri depuis plusieurs années : l’écriture de quatre concertos combinant le hautbois (en l’occurrence celui de François Leleux) avec les instruments du quatuor à cordes. Le Concerto nostalgico « l’Automne » (hautbois et violoncelle) a vu le jour en 2000, et le Concerto amoroso « le Printemps » (hautbois et violon) en 2004 ; la création du Concerto tenebroso « l’Hiver » (hautbois et alto) aura lieu en janvier 2010 par l’Ensemble orchestral de Paris ; le Concerto luminoso « l’Eté » (hautbois, violon, alto et violoncelle) sera en 2011 une commande conjointe de cette formation et du Festival des forêts.
Une pensée sur la musique
Avec Nicolas Bacri, le festival accueille une pensée et des valeurs dans lesquelles il se reconnaît, et que peuvent illustrer quelques citations d’écrits du compositeur.
« A la même époque, Arnold Schoenberg, Claude Debussy et Serge Rachmaninov ont écrit des œuvres qui nous sont également indispensables ».
« Lorsqu’on me demande si je cherche à écrire une musique « jamais entendue », « inouïe », je réponds que je cherche seulement à écrire la musique que je voudrais entendre ; on verra plus tard pour le reste… Si j’écoute la musique d’un compositeur du passé ce n’est pas parce qu’elle était inouïe au moment où elle a été écrite mais parce qu’elle contribue à « l’expansion de mon être intérieur ». L’expansion de l’être intérieur ce n’est pas la même chose que la quête du bonheur. L’individu à la recherche du bonheur est en quête d’un résultat, d’une « destination »… L’individu qui œuvre à l’expansion de son être intérieur (de son « âme » aurions-nous dit hier), est en chemin vers une destination qu’il ne se soucie pas de connaître puisque — et cela, il le sait — elle est infiniment moins importante que le chemin lui-même… J’écris donc la musique qui me semble correspondre à mon besoin d’expansion intérieure et je ne me soucie guère que son langage soit considéré comme « neuf »… »
« Le compositeur est un musicien qui, ne se satisfaisant pas entièrement de la musique existante, ressent profondément le besoin d’écrire la musique qui lui manque, non pas pour se manifester en elle mais pour s’épurer en elle et surtout, pour mieux la connaître, se connaître en elle, la comprendre et être compris en elle. »
« Se prétendre compositeur aujourd’hui, s’il ne s’agit pas de se vautrer dans les produits commerciaux qui polluent notre environnement sonore, est une tâche difficile et ingrate que seule une véritable foi en la possibilité d’une « beauté moderne » peut soutenir, et parfois, que le sentiment d’être compris par certains interprètes, divers acteurs de la vie musicale, ou tout simplement certains auditeurs, peut encourager... »



























